J’arrive chez Marion, qui va accoucher de son deuxième enfant chez elle. C’est un beau projet qu’ils ont tissé, elle et son homme, tout au long de ces neufs mois.

Le ventre se contracte régulièrement, le bébé s’engage dans le bassin et Marion commence à faire les « sons de la naissance ». J’aime entendre ses sons, ses vocalises, qui me guident aussi en tant que sage-femme, pour savoir où en est le col dans sa dilatation, pour sentir dans quelle énergie se trouve la maman et comment le travail progresse.

Elle souhaite aller dans l’eau pour donner naissance à son bébé. Flavien a déjà fait couler l’eau du bain à bonne température. Il a pris le temps d’allumer quelques bougies au bord de la baignoire en plus de l’éclairage qu’il a soigneusement tamisé.

Flavien semble détendu et pourtant, on sent que toute son attention est captée, tout son être est focalisé par ce qu’il se passe. Ses yeux ne quittent pas Marion. Il la regarde s’immerger dans l’eau. Le ventre dépasse à peine. Elle se détend, se relâche. Les contractions sont puissantes, efficaces, mais l’eau crée une vague de bien-être et de douceur qui lui permet de vivre tranquillement la fin du travail.

De mon côté, j’observe, mes gestes sont doux et je prends mille précautions pour me faire discrète tout en étant présente, bienveillante. J’admire le tableau qui se trouve juste là, devant moi : cette famille qui s’agrandit, ce bébé qui commence à sentir sur le haut de son crâne une sensation nouvelle. Je vois ces cheveux.

Nous sommes tous submergés par ce cocktail d’émotions, qui nous procure de la joie, du bonheur, de l’excitation. On se sent happé par ce moment, comme si nos coeurs ralentissaient alors qu’ils nous paraissent plutôt battre la chamade. Oui, à ce moment-là, tout est au ralenti, tout est suspendu. On vit les secondes, chaque seconde. On sent que notre émerveillement dépasse les limites de notre corps, comme si toute la pièce vibrait de cette énergie. La tête est prête à sortir entièrement.

Et puis, tout à coup, c’est le noir absolu ! Il nous a fallu un petit temps pour que nos yeux refassent une mise au point. La tête de bébé est sortie et le compteur électrique a disjoncté à ce moment précis ! À la lueur des bougies, Marion attrape son bébé sous les bras avec mon aide et l’amène enfin sur sa poitrine, peau à peau. On ne parle pas, on est en train de réaliser qu’un miracle vient encore de se produire sur terre.

Le bébé, lové sur sa mère, ouvre grands les yeux. Il découvre la silhouette du visage de sa maman. Il n’a aucun mal à le faire car du coup, il n’y a plus de lumière artificielle pour l’éblouir.

L’intimité de ce moment magique est un vrai cadeau. 

Aujourd’hui, Nathan a 8 ans. Je t’envoie mille baisés lumineux. Merci pour cette naissance que tu nous as fait vivre, tamisée et magique.

(Pour garder l’intimité de cette famille, j’ai changé les prénoms et cette photo magnifique vient de camilamfotografia).

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Aurélie SURMELY
Aurélie SURMELY

Coach périnatal diplômée sage-femme, auteure du livre Accoucher sans péridurale

    1 Response to "L’énergie de la naissance"

    • Elo Chow

      Pfiou j’en ai des frissons !

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