La grossesse est un moment incroyable, bouleversant, parfois inquiétant, voire angoissant pour certaines.

Il m’est arrivé tellement de fois, de croire que je pouvais, en tant que sage-femme, éponger ces angoisses et les remplacer par la « pleine confiance ». J’ai passé des heures, que ce soit au cabinet ou au téléphone, afin d’être cette sage-femme rassurante et magicienne. Celle qui pouvait transformer cet état fébrile, cette dévalorisation, en force.

J’ai dépassé mon quota d’heures, sans nul doute. Je croyais vraiment que j’aidais, que j’avais cette faculté à faire basculer l’esprit de ces femmes du côté plus optimiste.

Mais bien souvent, même si les sourires se dessinaient au bout de trois ou quatre heures de conversation, qui pouvait s’apparenter à du coaching, le lendemain, ça ne manquait pas : « mais au fait, même si j’arrive à … comment je vais pouvoir faire pour… »

Dans la bienveillance, j’accordais encore du temps, des heures, de l’énergie. Mais les questions rebondissaient les unes sur les autres, comme un puit sans fond, mes réponses tombaient inexorablement dans un endroit qui semblait perdu et oublié.

 

J’ai mis des années avant de comprendre. Je ne pouvais pas aider de cette manière. Non, parce que le constat était : soit elles ne sont pas prêtes pour entendre ces « phrases clés » qui pourraient les aider, soit elles doivent trouver d’elles-même le chemin qui mène à ce résultat.

Quoi qu’il en soit, j’étais moi aussi dans une impasse : quelle était ma place pour pouvoir les accompagner ?

Je dois avouer encore aujourd’hui, qu’il m’est difficile de trouver cet équilibre qui me permet d’accompagner sans que je devienne celle qui détient la bouée de sauvetage. J’ai constaté que si la maman angoissée pensait que j’avais cette bouée, elle me le reprocherait à un moment donné ou à un autre. Malgré les heures passées à essayer de la rassurer et à essayer de répondre à ses questions sans fin, je n’aurais même pas cette valorisation de ce que j’ai pu donner.

Pourquoi ? Simplement parce que l’on se donne l’illusion toutes les deux, que la solution pourrait être là, dans nos conversations, dans ces longues heures de conversation.

Mais en réalité, nous ne faisons que différer une prise de conscience : la grossesse n’est pas en dehors de la réalité. Ce n’est pas une parenthèse dans la vie. Elle est intégrante à la vie. On ne peut pas tout à coup oublier nos failles, nos faiblesses, nos peurs, et croire que la grossesse est un nouveau départ. Non. Si je suis quelqu’un de stressé, de bileux, pourquoi cela disparaîtrait parce que je suis enceinte ? Si je me dévalorise complètement, si je ne suis pas heureuse, pourquoi est-ce que la grossesse changerait mon état ?

Nous sommes toutes en chemin. Et nous avons toutes besoin d’avancer, de se sentir en paix, de trouver un équilibre.

Mais nous devons prendre conscience que nous devons nous engager d’abord nous-même, à aller mieux. Attendre que « l’autre » nous rende heureuses est une erreur. Attendre que l’autre nous apporte ce dont nous avons besoin l’est tout autant.

Nous devons être responsable de notre bonheur. Personne d’autre que nous, pouvons savoir exactement ce dont nous avons besoin.

Bien sûr, c’est un processus normal, que de vouloir trouver les réponses ailleurs, chercher le bonheur ailleurs, le mimer, le désirer.

En réalité, toutes les questions cachent souvent autre chose. Et finalement la réponse importe peu, puisque l’on passe alors à côté de l’essentiel : ok, la réponse est « oui, c’est normal », mais toi, qu’en penses-tu ? Comment te sens-tu ? Que ressens-tu en ce moment ? »

Il faut savoir lever le voile, voir la forêt derrière l’arbre. Mais encore une fois, il est souvent plus facile d’essayer de se cacher la vérité.

Nous sommes tous pareils, à plus ou moins quelques degrés de différences. Puis vient ce jour, où on est prêt à entendre et à écouter, à comprendre et à assimiler. Mais il y a des étapes, des strates, des paliers.

Alors la vraie question est : « comment fait-on pour diminuer ses angoisses pendant la grossesse ? »

Je crois qu’il faut être juste avec soi-même : « ok, je sens bien que je suis affolée, que j’ai un milliard de questions et que malgré les réponses je ne trouve pas de réconfort sur le long terme. Alors peut-être devrais-je trouver une autre solution et comprendre plutôt pourquoi je me pose autant de questions, de façon insatiable ? ».

Écoutez votre coeur, que vous dit-il ? De quoi auriez-vous besoin ?

J’en arrive donc à une conclusion, qui m’est propre bien sûr, elle est le fruit de mon expérience et de mes valeurs, elle sonne juste pour moi :

Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur notre évolution, notre développement personnel, notre besoin d’équilibre entre l’aspect matériel et spirituel.

La grossesse ne gomme pas notre passé, nos souffrances, nos difficultés. Parfois c’est même absolument tout le contraire.

Je crois que nous devons nous apporter de la douceur, respecter nos limites et provoquer les prises de conscience. La clé n’est pas forcément à l’extérieur de nous, on peut trouver de l’apaisement en méditant, en pratiquant une activité calme comme le yoga, en prenant du temps pour se retrouver seule dans la nature, en écrivant. Il y a aussi des thérapeutes merveilleux et bienveillants qui peuvent apporter du réconfort tout en permettant de cheminer.

Mais apaisons notre mental. Tout ne se fera pas en un jour, on a toute une vie pour évoluer.

« Le changement est une porte qui ne s’ouvre que de l’intérieur » Tom Peters

Je vous envoie de belles pensées, à toutes, sur votre chemin. Sur nos chemins de femmes, de mères. Je nous envoie plein de douces pensées, d’Amour, pour continuer dans notre évolution humaine.

With love,

Aurélie

 

 

4 thoughts on “Enceinte, on ne peut pas faire l’impasse

  1. Bonjour Aurélie
    je me retrouve complètement dans cet article !
    (mon fils a aujourd’hui 3 ans et demi)
    pour la première fois de ma vie, enceinte, j’ai eu des angoisses !! des vraies, des qui font peur, qui te réveillent la nuit serrée dans un étau irrespirable, qui me poussaient même à des pensées morbides !!
    puis, elles sont parties… »disparues »
    Le 2nd trimestre s’est bien passé et le 3ème est arrivé avec ces questions ! sans cesse des questions
    J’ai saoulé ma sage-femme 😉 une question en amenait une autre, j’ai lu des tonnes de livres et j’étais de plus en plus terrorisée à l’idée d’accoucher
    Donc oui, je me reconnais bien dans ton article : cette bulle de grossesse qui a révélé mes peurs
    je n’ai pas la réponse à tout, mais j’ai certainement avance en moi-même…

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton message 🙂 C’est vrai que l’on ne parle pas assez de ces moments qui peuvent être aussi difficiles. Et pourtant… C’est vrai que ça bouge et que ça nous fait bouger aussi, par la force des choses. Quelle aventure quand même ! C’est une sacré étape dans la vie ! Je t’envoie plein de douces pensées Merveilleuse maman 😉

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      1. Ha ha 😄 maintenant oui !!
        j’ai une relation fantastique avec mon petit gars !!! même si je ne suis plus dans la période grossesse/post natal je me fais un plaisir de lire et écouter tes publi
        Merci à toi

        Aimé par 1 personne

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