Nous sommes souvent affligés par des critiques, des jugements. Et soyons honnêtes, nous le faisons aussi, nous jugeons et nous critiquons, que ce soit discrètement (avec une petite phrase sans équivoque, avec un regard, un haussement de sourcils complice) ou ouvertement.

Peu importe. Nous souffrons de le subir et nous ne prenons pas toute l’ampleur des mots que nous verbalisons, à l’égard d’autres personnes, ou du langage non verbal qui trahit nos pensées.

Lorsque je travaillais dans mon cabinet de sage-femme libérale, je reçus un jour une jeune femme enceinte. Elle était venue avec son amie, elle aussi enceinte, qui voulait découvrir ce qu’était une séance de préparation à la naissance.

Cette séance était dédiée à la gestion de la « douleur », des contractions.

Son amie silencieuse depuis le début, m’interrompit brusquement :

– « excusez-moi, mais, vous avez des enfants ? »

-« non, pas encore ! »

Puis en tournant la tête vers son amie, elle lui dit :

-« Tu écoutes les conseils d’une nana, qui t’explique comment gérer les contractions, alors qu’elle n’a jamais eu d’enfant ?! Qu’elle n’a jamais accouché ? N’importe quoi ! »

Je suis restée bouche bée. Elle ne prêtait plus attention à moi et ne s’est pas non plus inquiétée de ma réaction, face à ce qu’elle venait de dire. Son amie l’a regardé et semblait tout à coup désarçonnée, voire même dubitative quant à ma légitimité.

Je vais vous dire ce que j’ai répondu et surtout, pourquoi il ne faut pas vous discréditer. Car à  n’importe quel moment, vous pouvez recevoir ce genre de boulet de canon, vous faisant perdre votre confiance en vous.

J’ai donc capté l’attention de son amie, pour m’assurer qu’elle allait m’écouter :

-« Est-ce qu’un cancérologue a besoin d’avoir un cancer pour être un bon médecin et accompagner ses patients ? »

Elle est restée sans rien dire, surprise je crois, et un peu hébétée.

Que ce passe t’il dans ces moments-là, où finalement, on vous accule d’être un usurpateur ? Que ce passe t-il pour l’un comme pour l’autre ?

En réalité, il s’est joué plusieurs choses dans cette situation, que tout le monde peut vivre dans son quotidien.

J’aurais pu me braquer complètement car de mon point de vue, je pouvais percevoir cela uniquement comme une attaque frontale. Elle venait me chercher dans ma fragilité de femme infertile, en plein traitement de PMA (procréation médicalement assistée). Elle ne savait pas qu’avant de les recevoir, je venais de m’injecter dans le ventre une énième piqure d’hormone de synthèse. Que ma tristesse pouvait remonter à n’importe quel moment parce que moi aussi, j’ai ma part de fragilité. Elle ne savait pas que mon désir le plus ardent était justement de faire l’expérience de vivre un accouchement, de ressentir des contractions.

Ce que j’aurais pu louper, si je m’étais laissée envahir par cette phrase qui se voulait déstabilisante, c’est qu’elle était elle-même dans une période difficile de sa vie : elle était seule, son compagnon l’ayant abandonné (pas de façon physique mais par son absence totale d’engagement), elle avait besoin d’exprimer sa détresse et pour pouvoir le faire, elle a utilisé le seul moyen qui permettait d’attirer toute mon attention : à savoir, la provocation. En réalité, elle ne remettait pas en cause mon expertise, mon professionnalisme ou ma personnalité. Elle exprimait ses propres difficultés, ses propres défis de vie.

Ce qu’il faut retenir à mon sens :

Nous sommes tous des êtres en devenir. Nous avons tous nos points forts et nos faiblesses.  Lorsque nous sommes face à une situation qui nous déstabilise, parce que nous nous sentons vulnérables, attaqués, n’oublions pas une chose :

La personne qui exprime une critique ou un jugement est souvent dans une situation douloureuse ou du moins, d’insatisfaction. Elle va chercher à l’exprimer, pour se soulager dans un premier temps. Je ne pense pas que l’idée principale est de tir edu mal à l’autre. Mais plutôt d’utiliser l’autre comme un exutoire ou une bouée de sauvetage.

Essayez de prendre un exemple, une critique ou un jugement que vous avez essuyé récemment. Exemple : notre attitude avec nos enfants, des remarques sur l’alimentation, l’éducation, l’argent, la politique, les vaccins… Bref il y a tellement de sujets qui portent à débat.

Votre exemple en tête, demandez-vous :

-est-ce que la personne qui m’a dit cela se sent au clair avec ce sujet ? Est-ce qu’elle-même ne se sent pas fragile face à ça ?

-est-ce que cette personne qui m’a dit cela n’a pas elle-même des regrets ? Des regrets qu’elles refoulent, comme pour les étouffer ? Ou simplement, cette personne est-elle en train de se persuader qu’elle a bien fait dans le passé, pour ne pas se mettre dans une situation où la culpabilité pourrait l’envahir ?

-est-ce que cette personne souffrirait de se remettre en question sur ce sujet précis, faisant tomber des années de certitudes ? Et donc d' »erreur », d’après son jugement ?

-est-ce que cette personne compense un domaine où elle a failli en discréditant l’autre sur un domaine où elle se sent plus en confiance ?

Il y a une multitude de raison pour lesquelles des personnes, et nous-mêmes, formulions des remarques négatives, des critiques, des jugements.

Aller, quelques petits exemples ! :

-ne prends pas ton bébé dans les bras, laisse-le pleurer !

-donne-lui de la viande saignante sinon il va être anémié !

-quoi ? tu ne le prends pas en écharpe de portage ! Tu as une poussette !?

-tu veux accoucher à la maison ? Tu réalises ce que tu fais ?

-pour le couple il ne faut surtout pas dormir avec le bébé dans la même chambre, tu fais n’importe quoi !

Bon j’arrête là, je suis sûre que vous aussi, vous avez des exemples en stock !

Voici les « règles » que je me suis fixée pour essayer de ne pas rentrer tête baissée dans des discussions/relations houleuses :

  1. Se rappeler que l’on est tous en chemin. Il ne me viendrait pas à l’idée d’engueuler quelqu’un qui apprend à lire de ne pas savoir lire. Alors je me dis que la personne qui me critique (de façon non constructive), doit d’abord travailler sur elle-même et qu’elle est peut-être en souffrance ou qu’elle essaie tant bien que mal, de se protéger d’elle-même.
  2. Prendre du recul : la personne qui est en face de moi n’est plus « maman », « soeur », « amie », « père », un beau-parent »… Non. Ça, c’est une identité. Si je prends du recul, si je regarde avec les yeux du coeur, c’est simplement une âme en chemin. Qui cherche comme tout à chacun, sa voie, à réaliser ce pour quoi elle est là. On ne peut pas juger le chemin de l’autre.
  3. Ne pas s’approprier les critiques négatives, non constructives. Ça n’aurait pas d’intérêt. Seules les remarques constructives, même si elles sont dures à entendre parfois, peuvent être intéressantes. Mais si elles sont « stériles », il faut laisser les paroles de l’autre s’épuiser. S’il n’y a pas de retour, elles ne seront pas nourries.
  4. Gérer ses émotions. Ce sont nos émotions qui nous font « déraper » : colère, tristesse, panique, … Elles peuvent broyer une relation ou l’empoissonner. Il ne faut pas oublier que la personne est responsable de ce qu’elle dit, et nous, nous sommes responsables de ce que nous ressentons. Si nous parvenons à calmer le feu intérieur, nous nous libérons des mots négatifs car ils perdront de leur force.
  5. Tirer les bénéfices de ces critiques. Si elles vous ont touchés, c’est parce que vous avez une fragilité à ce niveau. Alors après coup, dans le calme et en étant doux avec vous-même, prenez le temps de comprendre et de trouver des solutions pour vous sentir plus apaisé avec ce sujet en particulier.

 

Prenez soin de vous,

With love,

Aurélie

Si vous avez des techniques pour gérer les critiques/jugements, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires 😉

 

 

 


Aurélie SURMELY
Aurélie SURMELY

Coach périnatal diplômée sage-femme, auteure du livre Accoucher sans péridurale

    1 Response to "Comment gérer les critiques"

    • Perrine

      Bravo! Belle gestion de l’agressivité de l’autre!

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