Épisiotomie systématique, recommandée, infligée… « STOP. Je ne veux pas être coupée ».

Lorsque j’ai commencé mes études de sage-femme, c’était une pratique logique. IL fallait savoir couper un périnée. L’épisiotomie était un acte « naturel », quasi automatique. Et pour cause, il y a peu, elle était même très recommandée par le corps médical, afin de diminuer les risques d’incontinence urinaire, de prolapsus vésical.

Et bien sûr, à cette époque, ces croyances étaient bien ancrées. « On pensait que c’était la meilleure solution », ce qu’il fallait faire, pour bien faire.

Aïlle… Finalement, cette croyance est fausse. Non, l’épisiotomie ne permet pas à la femme de garder son urine et sa vessie en place.

Petit à petit, tout bouge. Ce que l’on croit dur comme fer aujourd’hui, sera réduit en cendres demain. Pourquoi ? Parce que nous ne connaissons que très peu de choses en obstétrique. Nous progressons, certes, mais ce ne sont que des balbutiements.

Il suffit de voir à quel point, en peu de temps, les recommandations pour coucher les bébés ont changé. Sur le dos, sur le ventre, sur le côté, en alternance, … Et à chaque fois « faites-le, car sinon les risques seront grands »… Aujourd’hui, on couche les bébés sur le dos. D’ici 5 ans, je ne sais si ce sera toujours la même ligne de conduite.

Pour en revenir à notre périnée, parce qu’il a bien besoin qu’on s’en préoccupe : il a subi lui aussi des croyances. Et depuis trop d’années, il n’est pas respecté comme il le devrait.

LETTRE À MON PÉRINÉE

Je dresse un autel en ton nom, non pas pour que tu reposes en paix (j’ai besoin de toi « come on baby ! » Te laisse pas aller je suis là !), mais pour honorer la place que tu occupes dans ma vie, une partie intégrante de mon corps.

Ne me laisse pas tomber quand j’ouvre la porte des toilettes et que tu deviens trop vite intuitif… en te décontractant trop rapidement, avant même que mon pantalon ait quitté mes hanches…

Ne me laisse pas tomber, quand je saute de joie sur le trampoline avec mon fils,  quand je rebondis sur les fesses…. et que je sens mon col de l’utérus qui tombe aussi dans le filet…

Je sais que tu en as bavé… Des coups de ciseaux rapides, sans que j’accepte qu’on te mutile… Et pourtant, qui mieux que moi aurait pu te protéger ? J’ai failli, mon périnée… Débordée par mes hormones, je n’ai pas réussi à militer pour ta cause.

On ne m’y reprendra plus. Mais seras-tu assez fort, maintenant, balafré et endommagé ? Je reprends les exercices pour te faire sentir que tu existes, que je m’occupe de toi.

Ne te laisse pas aller, ok. Je suis là. Résiste !

Je militerai pour toi et pour les autres, tes confrères aussi entendront ma voix et dans tous les haut-parleurs du monde je scanderai en ton nom, le scandale du ciseau ravageur.

Je suis avec toi, nous sommes des partenaires. On vogue ensemble. Chaque jour je prendrai le temps de raffermir ma ceinture abdominale, je respirerai mieux pour t’éviter une pression trop forte, je me tiendrai droite et fière.

Je te demande pardon. Par inconscience ou ignorance, ceux qui tiennent les ciseaux n’ont pas toujours tenté de te préserver. Facilité ? Économie de temps ? Qu’importe. Aujourd’hui, sache-le, je partagerai toutes mes connaissances pour que les femmes sachent comment t’aider, à laisser passer les bébés et à braver les obstacles dressés par les croyances médicales. Oyé oyé, libérons nos périnées par la connaissance et la sagesse.

Je me demande bien ce que je vais t’écrire pour finir cette lettre… Bisous ? À bientôt ? Ahah au moins on se marrera bien ensemble (si tu te retiens pendant que je rigole hein!).

Je t’envoie alors toute mon affection, comme pour mon corps, dans sa globalité, je te dis MERCI. Tu es mon moyen de transport le plus important, mon enveloppe la plus sacrée. Alors je crois que je vais finir cette lettre par un MERCI.

Aurélie, ta locataire éternelle.

#nemecoupezpas Cet article a été publié le 21 juin 2018, dans le Huffingtonpost


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Aurélie SURMELY
Aurélie SURMELY

Coach périnatal diplômée sage-femme, auteure du livre Accoucher sans péridurale

    7 replies to "Ne me coupez pas"

    • marie

      waouh !!! Magnifique !!!
      Quel message fort et puissant !
      Merci Aurélie de mener ce combat qui a du sens <3 <3 <3

    • Iris

      Tu écris trop bien! Moi je ne veux pas d’enfants mais je ne veux pas mourir idiote non plus alors je lis beaucoup sur l’accouchement, le corps des femmes etc… quel courage, quelle abnégation il faut avoir pour décider d’en passer par là! Comment fait-on pour ne pas être traumatisée à vie?? Déjà grâce à des sages-femmes comme toi l’intégrité des parturientes peut être préservée… Merci, au nom de la solidarité

      • Aurélie SURMELY

        Merci Iris pour ton message 🙂 Tu sais, il y a tellement de choses à changer, pour que la physiologie soit respectée et que l’accompagnement soit le plus humain possible. Mais la naissance est un moment tellement fort, magique, sacré, intense… J’aimerais pouvoir le revivre encore. D’ailleurs, je crois que ça se ressent aussi dans mon livre « Accoucher sans péridurale » ! Je trouve ce moment tellement précieux dans son intimité, tout autant que dans son immensité. Bien sûr, il reste tellement à faire pour permettre aux femmes de vivre ce moment incroyable, peut importe l’endroit où elles choisissent de faire naître leur bébé… Mais la parole se libère et le changement opère 🙂 Du moins, je veux le croire et j’essaie de contribuer à ma façon 🙂

    • WorkingMutti

      C’est une très belle lettre en tous cas. Merci pour ce beau texte :). Mais il ne faut pas oublier que notre périnée peut nous lâcher honteusement même après deux césariennes (sans épisio donc). Il faut tout le temps prendre soin de lui 🙂

      • Aurélie SURMELY

        merci 🙂 Oui, le périnée, tout comme notre corps dans sa globalité, a besoin d’attention et d’être « entretenu ». Dans de nombreuses vidéos, j’explique l’importance de protéger et tonifier son périnée, quelque soit la situation : avec o sans enfant, naissance voie basse ou voie haute… Nous avons besoin de prendre soin de lui tout au long de notre vie de femme. Merci pour ce rappel 🙂

    • Sara

      Jolie 🙂 merci pour votre douceur! Cela fait du bien.

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