Y a t’il des questions gênantes ?

Oui, assurément, si j’en crois le langage non-verbal des futurs parents. Pourtant, pour la sage-femme, aucune question n’est inutile, surtout si la future maman ou le futur papa sont soulagés après avoir obtenu leur réponse.

Des questions posées discrètement

J’ai eu, pour ma part, une multitude de questions qui m’ont été posé discrètement, entre le battement d’une porte, dans un chuchotement. Oui, parce que finalement, la maman a osé poser sa question, mais seulement à la fin de la consultation, juste avant de partir.

Je sais que parfois ce n’est pas évident. Des idées peuvent se bousculer dans la tête, des interrogations peuvent survenir, des doutes aussi. Lorsque la question semble anodine ou du moins qu’elle paraît évidente à poser, les futurs parents n’ont pas trop de difficulté à la verbaliser au cours de la conversation.

Des questions intimes

Ce sont en fait les questions plus intimes, qui nous déstabilisent, qui sont les plus compliqué à poser : vais-je être jugé ? Va t’elle me prendre pour une andouille ? Va t’elle me rire au nez ? …

J’aimerais vraiment vous apporter beaucoup de douceur dans ce post, en commençant pour vous rassurer. Vous pouvez poser vos questions avec confiance, à votre sage-femme. Ne restez pas avec vos doutes et vos appréhensions. Voici un tout petit panel de questions que vous jugez embarrassantes et qui demandent du courage. Pour les parents qui trouvent ces questions pour le moins « intrigantes » ou « inquiétantes », vous savez, nous avons tous des histoires de vie différentes, et nous vivons tous dans un contexte, un environnement, avec un passé, qui teintent nos choix et nos croyances (je pense notamment à la première question de cette liste).

Voici 3 questions que j’ai pu entendre et les réponses que j’ai pu donner :

Je tiens simplement à préciser que je me suis adaptée à chaque situation, à chaque personne, et que cet article est un condensé des différentes réponses que j’ai pu donner aux uns et aux autres.

Si j’ai un rapport sexuel avec mon mari… Mon bébé se présente par les fesses… Risque t’il quelque chose ? 

Non. Aucun danger. Je pense que vous comprendriez mieux pourquoi en vous dessinant votre bébé dans votre utérus, avec le col et le vagin. (je dessine pour expliquer l’anatomie d’une femme enceinte et la voie que le pénis empreinte, ainsi que les limites).

Vous voyez, le bébé n’est pas dans le même axe que le vagin et votre col de l’utérus, fermé et postérieur, permet de le protéger. D’autre part, votre bébé baigne dans le liquide amniotique. Il y a donc une distance qui le sépare encore de votre vagin. L’anatomie du pénis de l’homme ne lui permet donc pas d’atteindre votre bébé. Il ne peut pas y avoir de contact sexuel entre votre mari et votre bébé.

Je tiens à préciser que cette question m’a été posé plusieurs fois. Il y a de réelles lacunes quant à l’anatomie de la femme. Cela me rend triste bien sûr, car vous imaginez bien la détresse de ces femmes. Ignorer son anatomie, ses compétences, les limites, les possibilités… C’est vraiment handicapant.

IL est aussi probable qu’il y ait des troubles d’ordre psychologique chez certaines personnes, et que cette question, certes pas anodine, puisse soulever d’autres questions. C’est tout l’art d’être une sage-femme : savoir repérer les réels besoins et la forêt derrière l’arbre.

Je ne veux pas que quelqu’un mette ces doigts dans mon vagin… Comment je peux faire pour éviter ça ? J’ai trop mal en bas, quand on me touche…

Je crois comprendre que vous parlez de vaginisme (définition de l’OMS : « Une contraction involontaire, répétée, persistante, des muscles périnéaux qui entourent le tiers externe du vagin en cas de tentative de pénétration par le pénis, doigt, tampon ou spéculum. »). Pour en être sûre, je vais vous poser quelques questions, car le vaginisme n’est pas si rare. Beaucoup de femmes en souffrent. (Je pose donc quelques questions me permettant de valider mon hypothèse). En général, si le diagnostic n’avait pas été posé avant, la femme est soulagée de comprendre ce qui se passe dans son corps et pourquoi.

Nous allons être d’une extrême prudence pour que les examens, nécessitant que l’on examine votre col. (Il est évident que nous devons l’être pour toutes les femmes. Et dans cette situation, cette future maman a besoin de l’entendre pour être rassurée à nouveau. C’est une pathologie qui est assez mal reconnue). Nous les limiterons tant que possible et avec votre accord, je peux le noter dans votre dossier pour que l’équipe puisse vous accompagner au mieux.

Il est difficile pour moi de vous résumer tout l’entretien avec ces femmes, car il dure autant de temps que nécessaire. Mais je vous livre un fragment de réponse pour apporter quelques éléments aux femmes qui liront cet article et qui sont victimes de cette pathologie.

Si vous lisez ces lignes et que vous êtes concerné, ne vous sentez pas seule. Il existe des associations et des professionnels qui peuvent vous accompagner.

Il faut que je vous dise quelque chose… Je suis suivi par mon gynécologue, le même que pour mes deux premières grossesses. Mais à chaque fois, je repars en pleurant tellement il me fait mal quand il m’examine… Je n’ose pas lui dire. Vous savez, il a des grosses mains…

Merci de vous confier à moi. Vous n’êtes pas la seule à ressentir cela et à le verbaliser. Beaucoup de femmes n’osent pas dire stop, n’osent pas dire que l’examen est douloureux.  C’est déjà une étape importante de m’en parler. Nous allons essayer de trouver des solutions. Une solution, si vous voulez vraiment qu’il continue de faire votre suivi médical de grossesse, serait de lui demander de ne plus vous examiner. En réalité, les touchers vaginaux pendant la grossesse ne sont pas utiles voire même contre-indiqués ou non recommandés. S’il n’y a pas de signes d’appel, nécessitant cet examen, vous ne devriez pas le subir de toute votre grossesse. En fin de grossesse, il est possible que l’examen soit rassurant pour le professionnel de santé ou pour la maman, mais c’est tout. L’autre solution, si vous n’osez pas lui en parler, est de changer de professionnel pour votre suivi. Vous n’avez pas à être « loyal » envers lui. Si ça ne fonctionne pas, partez. Trouvez une personne qui sera douce et respectueuse avec vous. Ces consultations devraient être un moment agréable, car l’on parle de vous et de votre bébé. Vous n’êtes pas malade. D’ailleurs, un gynécologue est formé à la pathologie. Ce n’est pas le professionnel de santé le plus adapté en première intention, pour une grossesse qui se passe bien. Il a les compétences pour un suivi « classique » bien sûr, mais la sage-femme est formée pour accompagner et suivre les femmes enceintes dont la grossesse est physiologique.

La plupart des femmes se dirigent vers un gynécologue, mais effectivement, ce sont des spécialistes et non des « généralistes ». Nous nous complétons, sage-femme et gynécologue, chacun dans notre domaine. La sage-femme donnera le relais au spécialiste si besoin.


En savoir plus :

J’ai mal quand on  m’examine. Comment faire ?

Toucher vaginal pendant la grossesse : obligatoire ?

 


Aurélie SURMELY
Aurélie SURMELY

Coach périnatal diplômée sage-femme, auteure du livre Accoucher sans péridurale

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