Quels souvenirs avez-vous de votre mère, lorsque vous étiez petit(e) ? Était-ce une mère aimante ? Démonstrative ? Maladroite ? … Aujourd’hui, maintenant que vous êtes adulte, quel regard portez-vous sur cette époque de votre vie, soit les 20 premières années (plus ou moins), où vous avez vécu avec elle ?

Nous avons tou(te)s quelques regrets, des reproches ou même un sentiment de colère pour telle ou telle situation de notre enfance. De notre adolescence aussi, voir de notre vie de jeunes adultes, envers notre mère.

J’aimerais vous partager quelque chose qui pourrait peut-être, modifier certaines croyances à propos de votre mère, de votre enfance. Laissez-moi vous raconter…

À l’âge de 35 ans, j’ai eu un vrai électrochoc…

Enceinte de mon premier (et unique) enfant, je me sentais suffisamment mature, c’est vrai, avec un bagage qui me permettait d’être sereine quant à mon rôle de mère (même si cette confiance pouvait être parfois malmenée pour diverses raisons).

Je savais la partie « théorique » de la grossesse, de la naissance et j’avais vu tellement de mamans, de familles, que j’avais déjà sélectionné celle que je voulais devenir, la mère que j’aimerais être pour lui.

C’est devant le spectacle de Florence Foresti, lorsqu’elle évoque sa définition de la mère qu’elle désire être, que je comprends que je ne suis pas la seule, avec certaines convictions, dirons-nous… :

nourriture bio, pas de télé, pas de jouets en plastique mais uniquement en bois (non traité et sans peinture chimique), pas de sucres raffinés, pas d’école non plus d’ailleurs (voir l’interview de Jean-Pierre Lepri), pas de meubles neufs dans sa chambre qui pourrait faire émaner des substances nocives, une eau filtrée,  … Bref, exit les tentations de notre époque consumériste/toxique et coupée de l’essentiel. C’est du moins ce que je pensais, avec mes rondeurs de femme enceinte.

Est-ce que ma mère m’a apporté tout cela ?

Évidemment, ce n’était pas la même époque… Mais était-elle dans ce désir de faire mieux ? Ou a-t-elle eu l’envie aussi de m’apporter tout cela ?

La réalité n’est pas toujours compatible avec l’image que l’on se fait de l’image de la mère… A-t-elle culpabiliser pour cela, comme je le fais moi aussi, lorsque je mets mon fils devant un dessin animé ou que je cède pour une friandise ?

Est-ce que l’on doit (ou peut) supprimer tout ce qui nous semblent inapproprié pour notre enfant, ou est-ce que l’on doit considérer que cette vision est peut-être erronée ? Je me méfie toujours des croyances profondes… Alors, notre société est-elle si destructrice que cela ? Notre façon d’être, de consommer, de nous comporter ?

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Je réalise que j’essaie de m’adapter, avec qui je suis, ce que je suis, ce qu’il m’est possible de faire. Je réalise que moi-même, je suis en train de faire ce grand écart depuis longtemps :

j’aimerais être une femme écolo/responsable : savoir faire mon propre savon, limitez ma consommation d’eau, acheter d’occasion… mais ça m’arrive de valider mon panier sur internet pour prendre au drive, de prendre une douche mille fois trop longue, d’acheter encore des bouteilles en plastique

Je souhaiterais tellement être d’un côté de la balance et non dans l’autre, que j’en oublie qu’il est possible de trouver un équilibre. J’ai du mal à me le pardonner.

J’estime que je devrais… Puis je culpabilise parce que oui, je n’ai pas réussi à être à 100% cette femme, cette mère, que je souhaitais être.

En écrivant ces lignes, je me pose cette question : est-ce que ma mère aurait pu les écrire aussi ?

Je suis l’aînée d’une famille de quatre enfants. J’ai 14 ans d’écart avec ma plus jeune soeur. Autant le dire, je me suis sentie comme une maman pour elle.

Et arriva le jour, où enfin je portais mon enfant. C’est à ce moment-là que je compris…

Ma plus petite soeur avait alors 21 ans, lorsque mon test de grossesse fut positif. Cette soeur, un peu perdue, qui se cherchait encore, et que je voyais toujours comme une ado… dans un corps qui voulait devenir adulte.

Et bien du haut de ces 21 ans, elle avait l’âge que ma mère avait, lorsqu’elle découvrit qu’elle était enceinte de moi.

21 ans… Je réalise soudain… 

Nous percevons nos parents comme des êtres matures, avec des connaissances infinies, avec des capacités qui nous dépassent encore… Et pourtant. Elle avait 21 ans. Elle venait juste de quitter l’adolescence, elle ne se connaissait probablement pas très bien et n’avait certainement pas non plus une connaissance très importante de son propre corps. En d’autre termes, un grand bébé attendait un petit bébé…

C’est du moins ce que j’ai perçu, lorsque mon regard se posa sur ma petite soeur. J’imaginai ma mère à sa place.

Je me suis souvenue de quelques souvenirs douloureux avec ma mère et j’ai essayé de retrouver son âge, pour comprendre finalement, qu’elle était en plein apprentissage de la vie. Alors oui, elle en avait 31 et moi 10, elle avait 35 ans lorsque j’étais adolescente…

Et moi aujourd’hui, à 39 ans, je réalise que je suis encore cette petite fille, dans ce corps de femme. Cette âme qui évolue tant bien que mal, dans les tumultes de la vie. Je réalise que je suis cette mère, qui apprend à devenir maman grâce à son enfant et avec qui je suis, à l’instant T, dans l’environnement où je suis.

C’est assez marrant d’ailleurs, n’avez-vous pas toujours croisé quelqu’un dans votre vie, plus âgé que vous, vous dire « oh tu es encore jeune ! ». Je l’ai entendu de la bouche de mon voisin il y a quelques jours, alors que j’approche de la quarantaine… mais voilà,  lui, fêtait ses 90 printemps. Et à 90 ans, une femme de 40 ans est encore une « jeunette ».

En réalité, nous sommes jeunes toute notre vie, car nous apprenons toute notre vie. Nous découvrons, nous nous plantons, nous avançons, nous doutons… Ce statut  d’apprenti nous place dans cette zone inconfortable et pourtant nécessaire.

Nos mères étaient et sont des apprenties, tout comme nous… Au-delà de l’âge, au-delà des rides. Faire de mon mieux, c’est ce que je vise pour être et devenir la maman de mon enfant.

Et vous, comment vivez-vous votre rôle de mère ? Comment avez-vous perçu votre mère ?

Take care,

Aurélie, heureuse maman apprentie d’un loulou de 3 ans.


Aurélie SURMELY
Aurélie SURMELY

Accompagnante périnatale diplômée sage-femme, auteure du livre Accoucher sans péridurale

    7 replies to "Maman apprentie, avec ou sans rides"

    • Aurélie SURMELY

      Et vous, comment vivez-vous votre rôle de mère ? Comment avez-vous perçu votre mère ?
      Prenez soins de vous 🙂

      • Marie Guibouin

        Merci Aurélie pour ce superbe article qui résonne fortement.
        Je suis dans cette phase de la grossesse où j’idéalise beaucoup de choses je crois. Moi aussi, j’ai envie de fabriquer mes propres savons & co. J’ai d’ailleurs commandé tout ce qu’il faut pour le faire !!! J’aimerais pouvoir faire l’instruction en famille au lieu de le/les emmener à l’école. Je n’ai pas envie de lui donner des sucreries, et j’aimerais qu’il(s)/elle(s) évoluent dans un environnement sain. La liste est encore longue… Et pourtant, je sais que dans la réalité, avec toutes mes belles intentions, on va devoir s’adapter continuellement. « Pas d’école », ok, mais aurais-je la force et le courage de pratiquer l’IEF ? N’aurais-je pas besoin de plus de place pour m’accomplir aussi en tant que femme, artiste, entrepreneure… ?
        Je suis à l’âge où ma maman a eu mon avant-dernière sœur, sur une fratrie de 9 enfants dont je suis l’aînée. Ma mère avait 20 ans quand je suis née. Pwaaa !!! 20 ans !!! Comme tu dis, nous sommes d’éternelles apprenties quelque soit notre âge. Nous faisons et ferons du mieux que nous pourrons quoi qu’il arrive 😉

    • Aurélie SURMELY

      Wouah ! L’aînée de neuf enfants ! Effectivement, il est important de remettre en perspective la situation dans un contexte que l’on ne perçoit pas forcément, lorsque l’on se place en tant qu’enfant face à nos parents. Les événements s’expliquent parfois mieux lorsque l’on change d’angle de vue. J’espère que tout se passe à Merveille pour ta grossesse 🙂 Je suis très heureuse de te lire et j’ai déjà hâte d’avoir de nouveau de tes nouvelles 😉

    • Amma

      Bonjour Aurelie!!! Merci de votre témoignage. Je suis en plein dans cette mise en perspective. Je suis à qq jours d’accoucher de mon 4ème enfant, ma 1ere fille. Quand ma maman avait mon âge actuel, j’avais 19 ans, l’âge qu’elle avait quand je suis née. Et mon fils ainé a 14 ans, l’age auquel jai quitté la maison familiale. Bref!! J’ai toujours pensé que je ne pouvais pas avoir de fille, pour ne pas lui transmettre mes « névroses  » et autres diktats sociétales (image de la super woman du quotidien…). En ce sens, avoir des garçons était normal et rassurant… Bref!! La donne est bien différente aujourd’hui. Je me pose tellement plus de questions aujourd’hui, comme une primapare, une apprentie maman. « Drôle » de mise en perspective, une belle aventure, une belle évolution!!! Merci la vie!!!
      Merci!

      • Aurélie SURMELY

        Je suis très heureuse pour votre grossesse et cette dernière ligne droite avant de rencontrer votre fille 🙂 Oui, la vie est incroyable ! Elle nous emmène sur de nouvelles voies, et pourtant, tout suit son chemin. Nous évoluons et il est bon de se le rappeler, pour être plus doux avec nous même. Je vous souhaite une Mèreveilleuse naissance 🙂

    • Maëliss Doula

      Merci Aurélie, à nouveau j’apprécie ton article qui sonne si juste en moi. Je suis assez impressionnée par ce qu’a réalisé ma maman. Oui, bien sur j’ai mon lot de choses à dire (ce qui est sain d’une certaines manière). Et j’ai beaucoup d’admiration et de respect pour elle. Ma maman avait 25 ans lors de sa première grossesse. Et a eu 7 enfants en 9 ans. A l’âge que j’ai aujourd’hui, elle avait ses 7 enfants en 6 grossesses… Je suis scotchée… Je travail en ce moment beaucoup sur la question du burn out maternel https://www.maeliss.com/blog/le-burn-out-parental-quand-le-parent-nen-peut-plus/
      J’ai donc eu le besoin de lui poser la question: quels étaient tes ressources pour ne pas tomber dans le burn Out? Nous avons eu un très chouette échange à cette occasion et j’espère en avoir plus souvent…

      • Aurélie SURMELY

        Merci Maëliss pour ton retour 🙂 Effectivement, c’est impressionnant. Notre regard d’adulte nous permets d’apprécier différemment les parcours de chacun. Je suis curieuse du travail que tu réalises autour du burn out parental. J’irai voir ton blog 😉 Belle année à toi 🙂

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