C’est avec émotion et le coeur ouvert, dans une tendresse infinie, que je laisse ce billet à la mamange d’Eliott. Ses mots, porteurs d’amour, transcendent toutes les dimensions de notre être. Merci à toi d’avoir partagé, avec ta plume, ce moment de vie EtFaitMère tout autant qu’éternel.

Aurélie


Après 13 ans de vie commune et la trentaine passée, mon mari et moi étions (enfin) prêts à devenir parents. Nous avions tout envisagé, la grossesse que l’on souhaitait la plus naturelle possible, l’éducation à venir de notre enfant, l’organisation du travail, etc. Mais nous n’avions jamais envisagé vivre ce que nous avons vécu lors de cette grossesse toute particulière.

Une grossesse si singulière

Je suis tombée enceinte très rapidement, j’étais très heureuse, mon mari aussi ; on ne s’attendait pas à ce que ça arrive si vite ! Après un premier trimestre sans encombre, je pouvais donc envisager sereinement les mois à venir. Pour mon plus grand bonheur, bébé a commencé à se manifester dès le quatrième mois. Et très vite, je me suis davantage investie dans la grossesse, par la construction de cette toute nouvelle relation.

Puis est venue le jour de l’échographie du 2ème trimestre, dite morphologique, alors que j’étais dans mon 5ème mois. Ce matin là, allez savoir pourquoi, j’étais particulièrement sensible. Je me souviens d’ailleurs avoir pleuré dans la voiture sur le trajet qui nous menait chez l’échographe. Je mettais cela sur le coup des hormones…

Après nous avoir annoncé un petit garçon (ce serait donc un petit Eliott pour nous), l’échographe s’est un peu attardé sur le cœur du bébé, difficile à observer car notre petit gars bougeait énormément. Un futur petit sportif comme sa maman me disais-je 🙂

Après quelques minutes, il s’est tourné vers nous et nous a dit qu’il décelait une malformation cardiaque assez importante. Avant même qu’il n’aille plus loin dans ses explications, je me suis mise à pleurer, comprenant que quelque chose de grave était en train de se passer.  Il nous expliqua que la malformation était sévère mais il ne pouvait pas nous dire ce que cela impliquait vraiment pour la santé de notre enfant. Suite à quoi il nous a orienté vers une cardiologue pédiatrique. Dorénavant, nous serions suivis dans une maternité de niveau 3. Il était donc clair que nous devions abandonner l’idée de notre projet de grossesse naturelle ou du moins la moins médicalisée possible.

Un parcours très médicalisé

Le rdv avec la cardiologue confirma la cardiopathie d’Eliott. Au départ elle nous rassura : cette malformation était opérable dans les premiers mois de naissance et l’opération en elle-même avait un bon taux de réussite. Je me rhabillais quand, prise d’un doute, elle voulu me réexaminer. Là elle chercha à identifier le thymus du bébé, mais elle ne le trouva pas. Elle évoqua alors la possibilité que la cardiopathie soit rattachée à un syndrome plus large, qui toucherait plusieurs organes de notre enfant. Pour la première fois, on entendit le terme I.M.G.(Interruption Médicale de Grossesse). A ce moment là, mon intuition de maman su que l’issue de la grossesse allait être terrible.

Bien sur, il n’était pas question d’interrompre la grossesse tant que nous n’avions pas de confirmation de la gravité de l’état de santé de notre bébé. Du coup, un parcours du combattant commença, avec l’enchaînement d’examens médicaux de plus en plus poussés.

Mon choix de maman fut alors d’être arrêtée. Je me sentais incapable de travailler sachant que la vie de mon bébé allait peut-être s’arrêter. Travaillant auprès de jeunes enfants, je ne me voyais pas leur consacrer du temps alors que ce temps si précieux -maintenant je le comprenais- je voulais le mettre au service de mon enfant. Et c’est ce que je fis, pendant les deux mois que durèrent notre parcours médical au sein du service ante-natal d’un grand hôpital.

Une posture de parents

Je ne regrette pas ce choix car alors, j’avais terriblement besoin de mettre de l’humain dans un suivi de grossesse qui malheureusement ne l’était plus tellement. Nous n’entendions parler plus que de malformations, de syndrome, etc. Comme si toute la grossesse n’était plus que pathologique. Pourtant, mon mari et moi continuions d’aimer et d’attendre cet enfant, ce petit être qui avait déjà investi complètement nos vies. Nous étions ses parents, lui notre fils et non pas un mystère médical à résoudre.
Du coup, point d’haptonomie chez nous mais c’était tout comme. Les journées, seule avec mon bébé, je lui parlais énormément. Nous allions faire du sport ensemble, nous allions marcher ensemble et je lui décrivais les choses que je voyais, nous lisions ensemble (bibliothécaire un jour, bibliothécaire toujours). Quand le papa rentrait le soir, nous avions notre petit rituel de massage à trois. Parfois il était très compliqué de lui parler, de toucher ce ventre en ayant cette épée de Damoclès au dessus de nos têtes. Mais l’amour que nous portions à Eliott finissait toujours pas gagner la partie. Nous nous sommes construits des souvenirs avec notre bébé, une histoire commune.

En parallèle, j’étais suivie par une sage-femme libérale, très humaine, qui a su m’accompagner dans ce cheminement. Ce qui ne m’était pas donné à l’hôpital (l’écoute, l’empathie, les conseils), je le recevais avec elle. Je crois que dans ces moments là, il faut savoir s’entourer des bonnes personnes. Ce fut d’une grande aide pour moi.

Les adieux

Malheureusement est venu le jour des adieux. Après un énième rdv médical, nous avions eu la confirmation que notre enfant était porteur d’un syndrôme polymalformatif très lourd (cœur, oreilles, thymus, vermis). Bien sur, même si pendant les deux derniers mois nous avions réfléchi à ce que nous ferions si le diagnostique était avéré, la décision fut incroyablement difficile à prendre.

Une fois le choix de libérer notre enfant de toutes souffrances pris, nous avons demandé à l’équipe médicale un sursis d’une semaine. Une semaine pour se préparer à son départ (lui choisir un doudou qui l’accompagnerait dans son dernier voyage, acheter ses vêtements de naissance) et pour encore « profiter » à fond de notre petit garçon; c’est ce que nous avons fait avec un premier et dernier week-end à la mer tous les trois.

L’accouchement

Puis est venue le jour d’accoucher de mon Ange. Accoucher, oui. Cela peut sembler insurmontable d’avoir à mettre au monde son enfant sans vie, mais c’est un dernier accompagnement qui est nécessaire pour faire ses adieux. Je garde de cette journée à la fois beaucoup de souffrances, mais aussi l’image d’une belle rencontre. Elle fut à la fois la pire et la plus belle journée de ma vie.

Bien sur, avant de déclencher l’accouchement, il a fallu arrêter le cœur du bébé. Ce fut l’acte le plus traumatisant pour moi. Je souhaitais tellement accompagner mon enfant au moment de son grand départ. Malheureusement, malgré mes attentes, il y eu tout un protocole à respecter : drap blanc devant le visage (impossible donc de savoir quand le cœur du bébé s’arrêterait), impossible de poser mes mains sur mon ventre pour ne pas gêner l’acte médical, etc. Alors la seule chose que j’ai été capable de faire, c’est de parler intérieurement à mon bébé, de lui demander pardon mais aussi de lui rappeler mon amour inconditionnel pour lui.

Les heures qui ont suivi ont été incroyablement surréalistes. Mon époux et moi étions totalement déconnectés de ce qui se passait. Nous étions dans cette salle d’accouchement et ailleurs à la fois.  Nous entendions d’autres femmes mettre au monde leur bébé.

Puis, une dizaine d’heures plus tard, est venu le temps de la rencontre. J’ai fait appel à toute la force qui restait en moi pour que mon bébé puisse sortir sans encombre. L’équipe médicale m’a portée avec elle, je le sentais, pendant tout le temps de la poussée.

Quand je l’ai senti s’enfuir de moi, je me suis effondrée. J’avais envie de hurler mon désespoir, de le ramener en moi et puis, comme j’en avait fait la demande, on a mis mon petit garçon dans mes bras, tout juste lové dans les langes qu’on lui avait préparés. Je n’ai alors plus pleuré, j’ai respecté le silence que m’inspirait cette rencontre si singulière.

Nous sommes restés quatre heures ensemble, à le bercer, le contempler, à l’habiller. Avec la bienveillance de l’équipe médicale, certains proches ont également été autorisés à le rencontrer et lui faire leurs adieux. Sa famille s’était réunie autour de lui en ce jour de venue au monde si particulier.

Le retour à la maison

Le lendemain de cette terrible journée, nous sommes rentrés chez nous les bras vides et le cœur bien lourd. Allait commencer alors une toute nouvelle étape, celle du deuil de notre fils.

En attendant, même si nous rentrions à la maison sans enfant, mon mari et moi étions devenus parents, indéniablement. Certains emploient même le doux nom de paranges…

Je suis à jamais la mamange d’Eliott.


 

  • Pour découvrir son merveilleux site et retrouver sa plume : http://www.healthypandicorn.fr/

 

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