Une épisiotomie douloureuse, ce n’est pas rare. Pourquoi et que faire ?

Je vais vous expliquer pourquoi l’épisiotomie peut être douloureuse et nous verrons s’il est possible de la soulager. Je tiens à spécifier que je ne parlerai pas dans cet article d’une douleur autre que physique, car j’ai décidé de ne pas écrire un livre aujourd’hui ! J’ai bien conscience, vous vous en doutez, que mon article cible uniquement la partie « organique » de l’épisiotomie. C’est un sujet très sérieux et je pense reprendre ce sujet dans plusieurs articles, pour avoir l’occasion de l’aborder sous tous les angles, ou presque.

Pourquoi l’épisiotomie ?

Il faut savoir que l’épisiotomie est bien trop pratiqué, comparativement à d’autres pays. Elle devrait être réalisée uniquement dans de rares situations. Pourtant… Ce n’est pas le cas.

Culturellement, en France, il n’y a pas si longtemps, l’épisiotomie était un geste qu’il fallait effectuer de façon systématique pour éviter les descentes d’organes (prolapsus), les fuites urinaires ou fécales (incontinence). C’était une croyance, comme nous en avons toujours et comme nous en aurons toujours, a priori, car les croyances font parties de notre fonctionnement. Seulement, certaines d’entre-elles peuvent être extrêmement délétères.

Pour vous donner quelques exemples qui peuvent être choquant de nos jours, mais courant à l’époque, nous pensions (quand je dis nous, je parle du corps médical en général mais aussi des croyances « populaires »), que les bébés ne ressentaient pas la douleur, et que par conséquent, les anesthésies étaient inutiles pour une intervention chirurgicale. Nous pensions aussi, que les bébés étaient plus en sécurité accrochés dans un tissu sur un mur, près du foyer, que dans les champs avec leur mère. Nous pensions que le colostrum, sécrété les trois premiers jours suivant la naissance et précédant la montée laiteuse, était mauvais pour le bébé…

Bref. Nous pensions. Mais nous pensons encore. Nous allons, dans le futur, nous apercevoir encore une fois, que nous faisions fausse route, pour beaucoup, beaucoup de nos croyances actuelles.

Des croyances qui peuvent être limitantes et finalement, dangereuses.

Depuis mes études de sage-femme, j’ai toujours tout remis en question. En fait, je crois que j’ai toujours été très critique, avec un esprit absolument pas malléable. J’étais persuadée que je ne connaissais rien, ou si peu, et que tous ceux qui était censés m’apprendre, n’en savait guère plus, ou avais reçu des informations erronées.

Oui, mes profs ont dû m’entendre plus d’une fois, rétorquant que nous n’étions pas certains que cette solution était la meilleure. Mais je me suis aussi souvent tû, car nous le savons bien, pour être diplômée, une étudiante doit être suffisamment conciliante. Ça, c’est une autre histoire…

Quoi qu’il en soit, une fois diplômée, je n’ai pas changé. Je remettais en question les protocoles, pas uniquement pour les démonter de façon à les dénigrer, mais pour les comprendre. Car parfois, les raisons qui font naitre une croyance, ont un sens, dans un temps donné. Mais si nous continuons à les pratiquer, à les intégrer au quotidien, sans leur donner du sens, sans les avoir actualisés, alors, nous sommes certainement dans l’erreur.

Tout n’est pas à jeter, heureusement. Mais probablement que tout change dans le temps. C’est du moins ma croyance actuelle, et c’était aussi celle d’Épictète :

Tout est changement , non pour ne plus être, mais pour devenir ce qui n’est pas encore.

Cette rébellion intérieure m’a servi, car étant consciente que je ne savais pas grand-chose et que l’obstétrique n’en était qu’à ces balbutiements, j’ai dû bousculer mes propres limites et observer, analyser, repérer la physiologie. J’ai rencontré des personnes incroyables, qui ne se basaient pas sur des croyances communes, mais sur une analyse qui me semblait plus pertinente car plus objective. Finalement, j’aime ce rebondissement d’informations et de créativité. Il m’inspire plus, car il semble germer d’un renouveau.

Pour conclure cette première partie, NON, l’épisiotomie n’est probablement pas un acte préventif, du moins, la balance bénéfice/risque est d’un déséquilibre alarmant (vous remarquerez que j’essaie de ne pas trop trancher mes propos, car comme je le disais précédemment, mieux vaut être vigilant avec nos croyances). De plus l’OMS, dans ces dernières et récentes recommandations stipule :

L’épisiotomie de routine ou son large emploi ne sont pas recommandés pour les femmes qui accouchent spontanément.

Pourquoi l’épisiotomie serait douloureuse ?

L’épisiotomie n’est pas toujours douloureuse, du moins comme on peut se l’imaginer. Une « belle épisiotomie » (croyez-moi, je ne trouve pas ce terme très positif), c’est-à-dire réalisée au bon moment et bien nette, mais aussi très bien suturée, peut ne pas être trop gênante. Je rappelle que nous sommes aussi toutes différentes, et que je relate des propos de mamans dont les réponses ont fait suite à cette question « comment ça va pour votre épisiotomie ? Est-elle douloureuse ? ». Certaines diront non, ou simplement qu’elle n’est pas agréable, mais qu’elle n’est pas franchement douloureuse.

Après, je nuance aussi leurs dires, non pas que je ne les croie pas, mais parce que beaucoup d’entre-elles prennent de façon presque systématique du paracétamol en post-partum pour diverses raisons (douleurs dues à des hémorroïdes, des lombalgies, des seins tendus et douloureux en dehors d’un contexte d’allaitement…). Le paracétamol pouvant donc camoufler la vérité sur leur périnée.

Dans la majorité des situations, l’épisiotomie est douloureuse.

 

Voici donc une liste des principales raisons, pouvant induire une douleur de l’épisiotomie :

  • une épisiotomie réalisée très préventivement, alors que le périnée est encore « épais ». Normalement, le périnée a presque l’épaisseur d’une feuille de papier, lorsqu’il a travaillé pour laisser passer le bébé.
  • Une épisiotomie trop latérale, ne respectant pas les fibres musculaires. Effectivement, plus elle est réalisée vers un axe médian, moins les dégâts sont censés être importants.
  • Des points de suture trop nombreux. Il existe différentes méthodes pour suturer. On remarque que plus il y a de points, et donc de zones « resserrées » par un noeud, plus le risque d’avoir des douleurs augmente (y a t’il des études sur le sujet ? Je ne sais pas. C’est mon observation).
  • Beaucoup trop de fils. Si les sutures sont réalisées avec beaucoup de fils, on peut aussi observer une douleur probablement plus importante que si cela n’avait pas été le cas. Ce corps étranger dans les chairs, en trop grosse quantité, n’est pas la bienvenue.
  • Un oedème du périnée. Bien souvent, l’œdème peut apparaître lors de la dernière phase de l’accouchement. Au moment où bébé est engagé et qu’il a amorcé sa descente. La pression est importante. Si la mère ne peut pas changer de position comme elle le souhaite ou comme elle aurait pu le faire, en ayant toutes ces facultés, l’œdème peut apparaître.
  • Des noeuds trop serrés, sollicitant les tissus au-delà de leur seuil.

Qu’en est-il des solutions, pour ne plus avoir mal ?

Heureusement, il existe des solutions pour être soulagé. je vous en parle dans le prochain article : argile, cryothérapie, cataplasme, … nous verrons les différentes possibilités pour vivre au mieux cette coupure aux ciseaux (appelons un chat un chat).

 


Pour aller plus loin :

ÉPISIOTOMIE : éviter l’épisiotomie lors de l’accouchement

La suture du périnée après l’accouchement


Aurélie SURMELY
Aurélie SURMELY

Coach périnatal diplômée sage-femme, auteure du livre Accoucher sans péridurale

    2 replies to "Mon épisiotomie me fait mal"

    • Aurélie SURMELY

      J’aime vous lire dans les commentaires et échanger avec vous. N’hésitez pas à partager votre ressenti sur l’article, sur le thème, partager votre expérience, votre réflexion. Take care, à tout de suite, Aurélie

    • Flo

      Bonjour,

      Ce qui a soulagé les douleurs suite à l’épisiotomie qui a été pratiquée lors de mon premier accouchement (Je ne peux pas dire « mon » épisiotomie, je n’en ai pas voulu, elle m’a été imposée et elle m’a faite suffisamment souffrir pour que je refuse de dire « mon »), bref, c’est de déchirer lors de mon second accouchement et d’être recousue de manière normale par ma sage femme. L’épisiotomie avait été tellement recousue serrée (vous savez le fameux point du mari qui n’existe pas) que déjà la sage femme des suites de couches m’avait enlevé des points pour que je puisse respirer. J’ai eu des douleurs à n’importe quel moment pendant 6 mois après mon accouchement et j’ai eu des douleurs pendant nos rapports juqu’à ce que j’accouche de mon second enfant. Voilà pour mon témoignage.

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