Il était une fois, il y a fort… maintenant, une maman au bout du … Mojito !

Astrid est la maman de 3 enfants, ou plutôt 4 – 1 = 3 (si on soustrait le mari). Donc une ado, une pré-ado et une petite crevette de 5 ans. Maman dévouée et working girl à plein temps, rien ne lui fait peur. Si ce n’est de voir le temps qui passe, et le manque de temps qu’elle se consacre à elle-même.

Oui, parce que lorsque l’on fête ses 40 ans, on commence à se trouver un peu moins fringante, sous son tablier de cuisine et le Dyson à la main droite, en train de frénétiquement supprimer les stigmates d’une vie de famille bien remplie.

Bien sûr, Astrid aime ses enfants, et elle se sacrifierait séance tenante sur le bûcher pour eux. Et son mari.. non, elle ne voudrait pas du bûcher… Les années ont terni leur relation de couple et les soirées sont devenues des pièges à « vieux » : on s’évite, on s’engueule, on va se coucher tôt en se tournant le dos.

Dévouée, elle fait comme ces mamans qui courent toute la semaine : allers/retours aux diverses activités des enfants, aux rendez-vous médicaux, aux anniversaires, au cinéma pour les plus grandes pas assez grandes pour y aller seules en voiture… Bref, Astrid est somme toute, comme de nombreuses mamans, l’ombre de la femme qu’elle est. Oui, parce qu’il s’agit bien de cela : qui suis-je ? Hier, j’avais 20 ans, on me trouvait attirante, je me sentais belle, j’aimais rire et j’avoue, mon déhanché faisait retourner les têtes dans les soirées. Aujourd’hui, le seul à qui je tiens la main, c’est mon Dyson »… Après tout, Dyson, toi aussi, tu es au placard…

Alors Astrid eut une idée. Il fallait trouver un moyen de sortir de ce tourbillon qui l’empêchait d’être elle-même, d’occuper un « poste » plutôt qu’une VIE. Que sa VIE. On peut être maman sans être au placard n’est-ce pas ?

Elle s’imagina partir quelques jours, laissant mari et enfants, pour prendre un peu l’air. Mais les démons revinrent « Si je fais ça », se disait-elle, « je vais retrouver ma maison dans un état cataclysmique, et il me faudra une semaine de travail intensif pour tout récupérer »… Mauvaise idée, conclut-elle.

Puis, elle se dit qu’il lui fallait trouver un autre échappatoire, un peu plus discret, un peu plus sournois ! « Et si je m’octroyais un moment rien que pour moi, chez moi, en simulant une bonne migraine ? ». Elle élabora alors un plan.

Le soir même, elle exécuta avec quelques scrupules, son plan :

« Chéri, j’ai un mal de crâne horrible… Une migraine violente, rajouta-t-elle, en ramenant ses mains sur le haut du crâne, en réalisant des mouvements circulaires du bout des doigts. Il faut que j’aille me coucher. Je te laisse gérer les enfants… Holala, il faut que je m’allonge vite… ». D’un pas saccadé et convaincant, elle regagna sa chambre tout en rajoutant « je ferme à clé j’ai vraiment besoin de noir complet et de silence… Je ne voudrais pas que ça s’empire »… Elle ferma la porte avec précaution, d’un pas de velours, pour que sa dernière phrase soit plus vraie que nature. Un petit tour de clé, et la voilà… seule. Dans sa chambre.

Elle venait de rentrer dans son antre, dans son royaume ! Une excitation d’adolescente lui monta au nez. Un rictus se dessina et ses yeux se mirent à briller. Dans sa tête, mère oblige, elle chantonna cette chanson qui restera culte (j’en ai bien peur !) : « Libéréeeeee, délivréeeee ! « .

Elle fonça vers son lit et se mit à quatre pattes pour extirper ce qu’elle avait caché dessous quelques heures plus tôt : une caisse dont elle retira le couvercle aussi rapidement qu’un enfant de 6 ans ouvre son cadeau de noël.

À l’intérieur, une pizza froide découpée en toast, des tomates cerises, des carottes coupées en forme de bâtonnet, une sauce au yaourt ail persil, … et un virgin Mojito (oui quand même, restons lucide au cas où), précautionneusement versé dans un verre isotherme.

Astrid enfila son casque, démarra sa série du moment : Arrow, oui parce que quand même, il n’est pas moche cet acteur ! Et sirota son Mojito.

C’est vrai se dit-elle amusée, je suis au bout du… Mojito !


Aurélie SURMELY
Aurélie SURMELY

Accompagnante périnatale diplômée sage-femme, auteure du livre Accoucher sans péridurale

    4 replies to "« Je suis au bout du…Mojito ! » Chronique d’une mère au placard"

    • Anonyme

      Ah ah ah ah ah !!! 🍸 merci pour cet article très original !!! On sent que c’est entre la fiction et la réalité 😉

      • Aurélie SURMELY

        Oui, inspirée par la vie et les amies !

    • Anonyme

      J adore 😍 Merci pour ce moment de lecture, j’ai pas eu besoin de fermer la porte à clef mais ça c’est juste parce qu’il est minuit et que ça dort 😅

      • Aurélie SURMELY

        La fameuse 2ème journée quand les enfants dorment 🙂

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